Dimanche 21 Mars 2010 | Dernière mise à jour: 20 Mars 2010
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Dans la guerre contre la terreur, les mots sont importants, par Raymond Ibrahim
18 Mai 2009 par Annie Lessard, Marc LebuisMots clés: Mots, vocabulaires, sémantique, lexique, communication, désinformation, Suprémacisme, propagande


Même si elle semble noble, cette façon de voir soulève beaucoup de problèmes. D’abord, en cherchant à extirper le mot « djihad » du discours public sous le prétexte erroné qu’il est apparemment impossible d’en connaître le sens, cette position nous place en situation d’échec.Le « djihad » a une définition très précise, juridique ; mieux, l’islam sunnite — qui représente près de 90 % du monde islamique — est effectivement « simple et monolithique » du fait de la nature totalitaire de la loi islamique (charia) qui classe tous les actes humains possibles en catégories : interdits, déconseillés, légitimes, recommandés, ou obligatoires. En fait, de toutes les grandes religions du monde, aucune probablement n’est aussi strictement en noir et blanc, aussi tranchée que l’islam, qui indique méticuleusement aux musulmans la bonne « voie » à suivre dans la vie (au passage, « voie » est la traduction littérale du mot « charia »).Ainsi, essayer de décrire l’islam et ses institutions comme un peu « exotiques » et impénétrables — et donc refuser d’emblée de tenter de comprendre — n’est pas seulement une sottise mais exactement ce que les islamistes souhaitent le plus ardemment : protéger les doctrines les plus inquiétantes de l’islam, comme le djihad, contre tout examen par les infidèles. Vordermark poursuit :
Nous sommes tombés dans le piège du « djihad ». Le mot est utilisé à la légère dans les conversations au quotidien, mais la plupart des gens en ignorent totalement l’origine ou la signification. Nous pensons, donc nous savons. Les experts, les universitaires et le grand public affirment en connaître le sens, et le terme revient quotidiennement aux informations dans la bouche des journalistes et dans les gros titres. Malheureusement, le seul fait de l’utiliser suppose que l’islam est simple et monolithique. ... En tant que nation et que société, nous ne pourrions pas être davantage dans l’erreur.
Historiquement, le mot [djihad] s’appliquait à deux notions, le « grand djihad » et le « petit djihad ». Le premier désigne la lutte quotidienne du croyant pour se vaincre lui-même dans l’accomplissement de la volonté d’Allah, et le second désigne traditionnellement la défense de la religion, de la famille ou de la patrie [c’est nous qui soulignons].
Laissons pour l’instant de côté l’accent encore et toujours mis sur la prétendue distinction entre le grand et le petit djihad — qui, hors sémantique et sophismes, ne doit pas occulter le petit djihad (en l’occurrence la guerre armée). Le vrai problème, ici, c’est que l’affirmation de Vodermark selon laquelle le « djihad » militaire est « traditionnellement » limité à la « guerre défensive » est totalement fausse.

Quoi qu’il en soit, il faut excuser Vordermark ; il nous met en garde contre les définitions du « djihad » données par « les experts, les universitaires et le grand public » mais la sienne en fait évidemment partie. Renonçons donc une fois pour toutes aux définitions des infidèles — y compris la mienne — et voyons ce que les autorités les plus respectées de l’islam ont à dire sur le vrai sens du mot « djihad ».D’abord, il faut savoir que l’islam sunnite repose totalement sur les diverses règles (ahkam) de ce qu’on appelle les quatre écoles de jurisprudence (al-madhahib al-arba’). Je suis en train de lire un manuel arabe intitulé Al-Tarbiya al-Jihadiya fi Daw’ al-Kitab wa al-Sunna (« L’éducation djihadiste à la lumière du Coran et de la Sunna »), écrit par un certain Sheikh Abd al-Aziz bin Nasir al-Jalil. Après avoir soigneusement examiné le mot « djihad », il conclut que « le djihad, c’est lorsque les musulmans font la guerre aux infidèles, après qu’ils les ont appelés à embrasser l’islam ou au moins à payer le tribut [jizya] et à vivre en soumis, et qu’ils ont refusé ».Le livre contient également des définitions concises du mot « djihad » selon chacune des quatre écoles de jurisprudence, qui ont le dernier mot sur la manière dont il faut interpréter l’islam — ou dans le cas présent, le djihad. Selon les Hanafi, le djihad est « la guerre extrême et incessante dans la voie d’Allah, où l’on doit mettre en œuvre sa vie, ses biens et sa langue, c’est un appel à la vraie religion [l’islam] et la guerre à quiconque refuse de l’accepter » ; selon les Maliki, le djihad c’est « quand un musulman combat un infidèle afin que la parole d’Allah [la charia] règne en maître absolu » ; selon les Shafi’i, le djihad est « le combat acharné contre les infidèles » ; et, selon les austères Hanbali, c’est « le combat contre les infidèles ». (NB : les « infidèles », ou kouffar, sont tout simplement les non-musulmans.)

N’utilisez jamais les termes « djihadiste » ou « moudjahidine » dans la conversation pour décrire les terroristes. Un moudjahid, un combattant de la guerre sainte, est un terme positif dans le contexte d’une guerre juste. En arabe, djihad signifie « faire des efforts dans la voie de Dieu » et le mot est utilisé dans de nombreux contextes autres que la guerre. Appeler nos ennemis « djihadistes » et leur mouvement « djihad global » constitue de notre part, involontairement, une légitimation de leurs actions. [C’est nous qui soulignons.]En dehors du fait qu’on nous donne encore une fois une fausse définition du djihad — l’équivalent de la notion chrétienne de « guerre juste », ce qu’il n’est pas — c’est une idée totalement ridicule, bien qu’apparemment répandue, que de penser que les mots que nous employons peuvent avoir le moindre impact sur ce qui est ou n’est pas légitime pour les musulmans et dans un contexte islamique.Les musulmans n’attendent pas des Américains ou de leur gouvernement — c’est à dire pour eux les égarés, les trompés, en un mot les infidèles — une définition de l’islam ; et les précautions verbales et euphémismes subtils émanant de l’Occident seront encore plus impuissants à conférer ou retirer la légitimité islamique aux islamistes du monde. Pour les musulmans, seule la loi islamique, l’antithèse du droit international, décide de ce qui est ou n’est pas légitime ou, en langage juridique islamique, ce qui est mubah ou mahrum. De plus, le gouvernement américain ferait bien de moins s’inquiéter des mots susceptibles d’apaiser les musulmans — le mémo met en garde contre les « offenses », les « insultes » ou les « provocations » aux musulmans — et de se préoccuper davantage de fournir à ses propres citoyens des mots précis et significatifs. Les mots sont importants. Et ceux à qui on les adresse le sont encore plus. Les musulmans du monde ne retiennent pas leur souffle pour savoir quelle sorte de légitimité islamique le gouvernement américain va accorder à tel ou tel groupe islamique, car de toute manière ce n’est pas aux non-musulmans — les méprisables infidèles — de décider ce qui est ou n’est pas islamique. En revanche, les Américains, qui continuent à se demander « pourquoi nous haïssent-ils ? », ont besoin de comprendre, de toute urgence. Employer des mots précis et exacts serait le premier pas. Enfin, puisque cet article est consacré aux « mots », sachez qu’il y a une bonne raison pour que les mots « connaissance » et « reconnaissance » soient étymologiquement parents : sans le deuxième — ici, sans reconnaissance de la vraie nature de l’ennemi islamiste et de ses objectifs — il est impossible d’accéder au premier : la connaissance nécessaire à la victoire.
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