Samedi 20 Mars 2010 | Dernière mise à jour: 13 Mars 2010

Articles

Analyse

L'auteur d’un livre sur l’esclavage en terre d’islam reçoit des menaces de mort

14 Décembre 2007 par Annie Lessard

Mots clés:

C’était en 2004. En 2007, deux intellectuels musulmans publient des ouvrages sur ce sujet tabou entouré d’un mutisme choquant. Selon Malek Chebel, il n’est pas un lieu gagné par l’islam où ne se soit jamais pratiqué le commerce d’esclaves, encore présent dans le quotidien de millions de gens. Pour Mohammed Ennaji, l’esclavage a fondé le rapport au pouvoir dans le monde musulman et donc l’absolutisme qui est encore souvent la règle dans cette partie du monde.

En 2004, l’universitaire français Olivier Pétré-Grenouilleau expliquait dans un livre savant que l’on retrouvait dans l’histoire de l’Afrique ou du monde arabe des traites négrières pires que la traite occidentale. Quelques jours après la sortie du livre, il a reçu des menaces de mort – prises au sérieux par la police – et préféré ne plus paraître en public. Mais Malek Chebel, anthropologue musulman franco-algérien et auteur du livre « L'esclavage en terre d'Islam »[a], n’est pas troublé.

«Si jamais on lançait une fatwa contre moi, je m'empresserais d'aller à la télé et de leur dire: vous m'avez condamné à mort, mais vous n'êtes que des voyous, des criminels passibles du tribunal de La Haye. Vous n'êtes pas des musulmans mais des assassins, vous pouvez m'envoyer 10 commandos de tueurs si vous voulez, mais je ne me cacherai pas!»

Ces propos ont été recueillis par le correspondant de La Presse à Paris à qui Chebel accordait une entrevue en octobre dernier L'esclavage en terre d'Islam: un musulman libéral secoue le tabou, par Louis Robitaille, [[La Presse, le 10 octobre 2007
http://www.cyberpresse.ca/article/20071010/CPMONDE/710100593/6730/CPACTUALITES
.]]

«Un dossier délicat», admet Chebel en parlant du sujet de son dernier livre. C'est pourquoi j'attends un peu avant de donner des conférences à Paris. «Mais à la différence de Pétré-Grenouilleau ou d'autres, c'est de l'intérieur que je critique les dérives de l'islam, les extrémismes et les
sectarismes.
»

Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont Manifeste pour un Islam des Lumières paru en 2004, Chebel se veut à la fois un musulman irréprochable, fin connaisseur du Coran, et un libéral sans concession, partisan de la laïcité et hostile au porte du voile. Un adversaire résolu de «l'Islam politique» et de ses prétentions à «régenter la société». Avec cette nuance: «Contrairement à d'autres, j'ai le souci d'être audible et donc d'éviter les provocations inutiles: je prends donc soin de n'insulter personne.» Dans l'affaire des caricatures de Mahomet, il a surtout essayé de «calmer le jeu».

Mais cette fois-ci c’est le sujet même de son livre qui est tabou. Chebel dresse un constat sévère. L'esclavage dans le monde musulman, trois fois plus étalé dans le temps qu'en Occident, a aussi touché deux fois plus d'individus, soit 20 millions de personnes sur 10 siècles.

«Un esclavage discret et à peine atténué se perpétue aujourd'hui. Il y a des zones de non-droit absolu en Arabie Saoudite et dans certains pays du Golfe, par exemple. Au Niger ou au Mali, vous pouvez acheter - à l’unité - un enfant de 10 ans dont vous ferez ce que vous voudrez. Alors que les autorités religieuses en Occident ont fini par basculer dans le camp des abolitionnistes au XIXe siècle et aujourd'hui encore battent leur coulpe pour les crimes passés, je n'entends aucun prédicateur d'Al-Jazira condamner ces pratiques.»

Chebel fustige aussi les islamologues pour leur silence accâblant. « Peut-être ont-ils préféré, écrit-il, « la hauteur mystique des grands penseurs, des philosophes et des théosophes de l’islam aux réalités scabreuses des marchands de chair humaine ». Ils savaient, mais leur empathie pour l’islam les inclinait à trouver à cette religion et aux hommes qui s’en réclament des excuses qui ne sont en rien justifiées.

Ce qui révolte Malek Chebel «c'est que, plus ou moins explicitement, on invoque l'islam pour justifier l'asservissement. Or, sur les seuls 25 versets du Coran qui évoquent le sujet, presque tous penchent du côté de l'affranchissement. Strictement rien dans les textes ne justifie le système esclavagiste. Mais c'est ainsi: sous diverses formes, une coterie religieuse vénale, aux ordres des dictatures, conserve une emprise totale sur l'islam et son interprétation. Il y a 30 ou 40 ans encore, l'Islam des Lumières auquel je me réfère était en plein progrès, en Égypte notamment, et la démocratie était en vue. Aujourd'hui, on est en pleine régression: si l'on faisait aujourd'hui des élections libres dans le monde arabo-musulman, les islamistes l'emporteraient presque partout. Cela dit, je ne crois pas que ce soit irréversible: l'Égypte pourrait redevenir une terre des Lumières. Et il y a des frissonnements démocratiques au Maghreb ou ailleurs.»

Mohammed Ennaji - Esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe

Pour l’universitaire marocain Mohammed Ennaji, le pire est peut-être dans l’impact que l’esclavage a eu sur les mœurs politiques du monde arabe. Dans un livre tout récent [b] , il explique en quoi l’esclavage a fondé le rapport au pouvoir et donc l’absolutisme qui est encore souvent la règle dans cette partie du monde [c]

  • L'esclavage en terre d'Islam, Ed. Fayard Malke, 2007
  • Le Sujet et le Mamelouk: Esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe, par Mohammed Ennaji, éd. Mille et une nuits
  • http://www.wluml.org/french/newsfulltxt.shtml?cmd[157]=x-157-558893


[Autres]


Dans la même catégorie


Commentaires

Commenter cet article

4 commentaires

Vous désirez signaler des abus sur ce blogue? Écrivez-nous

EtreLibre

14 Décembre 2007
17:21

Dommage !

L'auteur d’un livre sur l’esclavage en terre d’islam reçoit des menaces de mort

Dommage ! Malek Chebel ne va jamais loin dans ses critiques. À chaque fois qu'il pond un livre, il essaie de démontrer que l'Islam n'a jamais été contraignant et est très tolérant etc.. Non M. Chebel, le Coran est le grand problème. Un livre soi-disant saint mais qui fourmille de contradictions. M. Chebel nous dit que presque tous les versets parlant de l'esclavage condamnent cette pratique. Tout est dans le «presque». Comment un dieu peut-il permettre ca !!! Ou on condamne totalement ou pas.
J'espère que les africains et les descendants des esclaves vont oser bientôt demander des excuses et des réparations aux arabo-musulmans. Il est plus que temps. On ne peut éternellement accuser les occidentaux...


Répondre à ce message

Naibed

18 Décembre 2007
08:50

Islam - Ce que l'occident doit savoir

Les « Poison pills » du Coran

Hélas, Malek Chebel est un peu comme Irshad Manji (auteur d'un livre connu, dont le titre résume à lui tout seul la contradiction "Musulmane mais libre"

Tous deux font de l'excellent travail de prise de conscience dans le monde musulman, notamment parce qu'ils pointent les travers et les actes intolérables de leurs coreligionnaires , et ils le font parfois au péril de leur vie (et c'est déjà faire preuve d'un courage absolument remarquable !). Mais tous deux semblent arrêté par un interdit majeur, qui semble bien pire encore que la perte de leur vie : une crainte viscérale de l’apostasie : quoi qu’il arrive, on ne quitte pas facilement la secte !

Ce qui explique que, en dépit de l’honnêteté dont je leur fait crédit (*), ils s’acharnent à croire, malgré tout, qu’il doit forcément y avoir un « islam modéré », que ce n’est pas possible qu’il n’existe pas, envers et contre toutes les preuves du contraire, un islam pacifique.

(*) je ne pense aucunement qu’il cherchent « à nous rouler dans la farine », comme le font la plupart des musulmans « modérés », façon Tarik Ramadan et consorts (5) dont le terrorisme est d’abord intellectuel, avant de pouvoir passer au terrorisme « tout court »


Même Ayaan Hirsi Ali, l’un des esprits les plus libres qui soit, a mis un temps considérable, avant de finalement rejeter complètement l’islam (Wafa Sultan est peut-être celle qui a le plus énergiquement remis les pendules à l’heure). C’est dire l’extrême pression que cette secte théocratique totalitaire, exerce, par ses textes névrogènes, sur ceux à qui elle fait subir son joug. Une secte qui s’immisce dans tous les aspects de la vie politique, culturels, religieux, de conscience personnelle, mais aussi qui prétend régenter jusqu’aux moindres aspects de la vie pratique la plus intime, la plus privée. Une secte qui tue ainsi toute individualité au profit du groupe, du clan, de la communauté.

Cette prohibition absolue de l’apostasie est, avec le mythe de la perfection coranique (1) (2) (3) et son caractère irréformable, avec la soumission absolue due à Al-Lah (4) quoi qu’il en coûte, et avec la duplicité religieuse imposée face aux non-musulmans (5), et le terrorisme intellectuel que cette duplicité engendre, une des pires « poison pills » du Coran


(1) « perfection du Coran », supposé incréé (malgré les nombreuses preuves historiques du contraire), intangible et donc irréformable – d’où les échecs répétés de ceux qui prétendaient ouvrir les « les portes de l'ijtihâd» nonobstant l’incohérence de ses sourates, son absence flagrante de rationalité et de scientificité ( « dieu sait mieux »), et son caractère abject, haineux, et négateur de toute humanité

Conséquence : l'exégèse est virtuellement impossible, les musulmans sont extrêmement réticents à toute recherche sur les origines de leur religion, et, le coran étant censé être parfait, les exégètes sont extrêmement sourcilleux pour dénoncer toute innovation (al-bida') considérée comme immédiatement suspecte, voire proche de l'apostasie

(2) « perfection de la Oumma » (cette communauté soi-disant à nulle autre pareille –elle l’est en effet,… mais hélas pas dans le sens souhaité – qui serait soi-disant capable d’ordonnerait le bon et le blâmable, alors qu’elle-même est tenue au pire devoir de faire l’inverse, un devoir d’accomplir le pire crime contre l’humanité : le génocide des non-musulmans au nom du djihad)

(3) « perfection de Mahomet », le « beau » modèle terroriste, un pervers et un pédophile à imiter par tous les musulmans, et dont le Coran (a) nous conte - sans sourciller - les fourberies abjectes, les atrocités commises comme chef de guerre et pilleur de caravanes, les actes de pédophilie, et la misogynie absolument incroyable


(4) Allah, c’est-à-dire : Al-Lah ou « le Lah », principale des divinités païennes de la Khaa’ba,, qui en comptait des centaines, dont ses trois filles, les déesses lorsque Mahomet, devenu chef de guerre, et dépité de ne pas se voir reconnu comme prophète par les juifs, et souhaitant se concilier les païens idolâtres de la Mecque, change les règles initiales du Coran (b) , et oblige ses fidèles à se tourner vers celle-ci

(5) la taqqiyya (ou takía) , la duplicité religieuse imposée face aux non-musulmans, qu’il s’agit de berner, comme l’enseigne le Coran, tant que le musulman est en position d’infériorité, et contraint de « baiser la main qu’il ne peut mordre » .

Cette taqqiyya s’articule d’ailleurs sur une autre « poison pill » du Coran, le mécanisme permanent de la double-injonction du Coran : il faut à la fois, et simultanément être bon et mauvais à la fois, irréprochable avec les membres de la communauté, et cruel, fourbe et abject avec ceux qui n’en font pas partie, etc. etc.


(a) soi-disant « Coran » d’ailleurs ! qu’il faudrait plus exactement l’appeler « les Actes de l’islam », le véritable Coran (= livre) étant clairement identifié dans ces actes - qui ne sont qu’une sorte de « log book » du prophète, une sorte d’hadith dicté par Mahomet lui-même - comme un livre extérieur, une sorte de Torah mâtinée d’évangiles apocryphes, et traduit en arabe, et plus que probablement irrémédiablement perdu..

(b) Coran qui était, voir ci-avant, initialement, une sorte de (mauvais) lectionnaire de la bible, et donc un code sioniste arabe, dont les sectateurs en bons juifs (certes juifs arabes, mais juifs dans les premiers temps du Coran), faisaient leurs prières tournés vers Jérusalem, comme le faisaient d’ailleurs tous les autres juifs



NB : je livre ici, "brut de barrique", un « preview » d’un article que je comptais écrire prochainement sur mon blog. Merci de ne pas m'en vouloir si celui-ci, particulièrement dense et compact, manque encore un peu de clarté et de lisibilité, et surtout étoffé de références..

Répondre à ce message

Rien n'est plus esclavagiste que l'Islam

L'Islam a instauré des aspects uniques en matière d'esclavagisme: par exemple, en mettant en force l'obligation (communautaire) du djihad offensif (lire Averroès à le sujet), il a accessoirement défini un système de «création» d'esclaves systématique, pratiquement industriel, basé sur le Coran et l'exemple du prophète. Ainsi aucune civilisation connue n'a produit plus d'esclaves que l'Islam. La grande majorité des esclaves noirs exploités aux États-Unis provenaient également de ce système, qui reste d'actualité au Soudan.

Par ailleurs, l'Islam est également l'unique «civilisation» a avoir introduit le prélèvement d'enfants systématique dans les populations alentours pour en faire des esclaves soldats fanatisés, des générations durant. Sans contestation interne notable quant au principe.

Contrairement à ce que beaucoup de gens veulent croire, le Coran est très peu contradictoire et il est extrêmement facile de réunir des consensus sur des comportements fondamentaux uniformisés dès lors que tous les débatteurs connaissent bien les textes. L'élément fondamental est la séparation entre ceux qui croient et ceux qui pensent autrement, volontairement. Ces derniers ne sont pas vraiment humains, dans le Coran, il leur manque le libre arbitre par exemple (2:6/7:

[Mais] certes les infidèles ne croient pas, cela leur est égal, que tu les avertisses ou non: ils ne croiront jamais. Allah a scellé leurs coeurs et leurs oreilles; et un voile épais leur couvre la vue (...)

Et ils sont de toute manière promis à une telle série de châtiments (voir le gros de la liste) que les éliminer n'a aucune importance.

Le Coran affirme en outre régulièrement qu'ils seront punis éternellement (autre petite liste), sans répit ni secours d'aucune sorte. Et jamais le Coran ne contredit cela explicitement. Il prévoit souvent que ceux qui se repentiront auront une chance, mais cela implique, explicitement cette fois, de devenir musulman, et donc de haïr en choeur les autres gens. Des êtres que Dieu traite de la sorte ne méritent certainement pas qu'on se soucie de leur vie?

Et ceux des Musulmans que cette religion maléfique n'a pas totalement privé de leur bon sens, les si fameux modérés, ne sauraient gagner un débat contre les Musulmans «classiques» en se basant sur les écritures islamiques. Cela dit, il faudrait cependant tout faire pour qu'ils le tentent, et même pour qu'ils y soient forcés, au lieu de nous savonner les oreilles de leurs bonnes intentions.


Répondre à ce message

L'auteur d’un livre sur l’esclavage en terre d’islam reçoit des menaces de mort

A propos du même sujet, j'aimerais signaler le livre de Tidiane N'Diaye(anthropologue et économiste) qui est paru en 2008 : 'Le génocide voilé - enquête historique'.

Voir l'interview de l'auteur avec le lien ci-joint.

Voici un extrait :

'Très nombreux sont ceux qui souhaiteraient voir la traite arabo-musulmane recouverte à jamais du voile de l'oubli, souvent au nom d'une certaine solidarité religieuse, voire idéologique. C'est en fait un pacte virtuel scellé entre les descendants des victimes et ceux des bourreaux, qui aboutit à ce déni. Parce que dans cette sorte de "syndrome de Stockholm à l'africaine", tout ce beau monde s'arrange sur le dos de l'Occident. Ce silence sélectif entourant le crime arabo-musulman envers les peuples noirs et sa sous-estimation, pour mieux braquer les projecteurs uniquement sur la traite transatlantique, est un ciment devant réaliser la fusion des Arabes et des populations négro-africaines - longtemps "victimes solidaires" du colonialisme occidental. Que des lettrés et autres intellectuels arabo-musulmans tentent de faire disparaître jusqu'au simple souvenir de cette infamie, comme si elle n'avait jamais existé, peut être aisément compréhensible.
En revanche, il est difficile de comprendre l'attitude de nombreux chercheurs - et même d'Africains américains qui se convertissent de plus en plus à l'Islam -, qui n'est pas toujours très saine et fortement animée par une sorte d'autocensure. Comme si évoquer le passé négrier des Arabo-musulmans, revenait à essayer de minimiser la traite transatlantique.'


Répondre à ce message

1