Mardi 9 Février 2010 | Dernière mise à jour: 4 Février 2010

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Interview

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

5 Avril 2008 par Annie Lessard, Marc Lebuis

Mots clés:

«La liberté de conscience et la séparation des pouvoirs religieux et politiques seront au centre du dialogue islamo-chrétien à Rome cet automne. Nous devons développer une grammaire du dialogue avec l’islam. L’idéologie du djihad doit être combattue avec un ensemble de mesures, religieuses, intellectuelles, politiques, économiques, militaires. Sinon, cette idéologie avilissante pourrait emporter notre civilisation». - George Weigel

Nous avons déjà publié une entrevue avec le théologien américain George Weigel sur notre site. Lisez La foi, la raison, et le combat idéologique contre le djihad - George Weigel, théologien. Son message est d'une telle pertinence que nous vous présentons maintenant une entrevue qu'il a donnée sur EWTN Catholic News le 15 février 2008.

Weigel fait ressortir l'importance d'une grammaire commune pour le monde, sans laquelle aucun dialogue n'est possible. Le Pape suggère que la loi morale naturelle que chaque être humain rationnel peut connaître par l'exercice de son esprit - peu importe sa foi - pourrait être cette grammaire. Et cela sera au centre du dialogue entre le Saint-Siège et les dirigeants islamiques à l'avenir.

Si nous ne comprenons pas ces gens pour ce qu’ils disent, nous ne pourrons pas comprendre qu’il s’agit essentiellement d’un débat d’idées - des idées radicalement différentes sur la société humaine et sur l’avenir de l’homme - et nous ne serons pas en mesure de mener avec succès cette guerre idéologique. L’islam ne reconnaît pas le pluralisme au sens où nous l’entendons, qui est la pleine égalité civile des différents groupes religieux et entre les hommes et les femmes. Le Coran définit un modèle de société et de politique dans lequel les non musulmans doivent se soumettre à la victoire définitive de l’islam.

Pour la rédaction de Point de BASCULE, ce n'est pas tant le terrorisme qui inquiète que l'infiltration dans notre société de l'idéologie qui la fonde et qui véhicule une vision avilissante de l'humanité aux antipodes de la nôtre. Notre objectif est d'expliquer cette menace idéologique à nos lecteurs, et de leur donner des outils pour la contrer. Cette idéologie est une menace pour tous, croyants, athées ou agnostiques.

War against jihadism. EWTN Catholic News Clip on islam



Traduction française de l'entrevue accordée par George Weigel sur le canal EWTN Catholic News le 15 février 2008.

Geoge Weigel est l'auteur du livre récemment paru Faith, Reason and the War againt Jidhadism: A Call to Action, disponible sur amazon.ca (ici).

QUESTION: Cette semaine, les manchettes sont pleines d'histoires scandaleuses de crimes d'honneur et de zones en Europe où des chrétiens sont intimidés par leurs voisins musulmans. Il existe ici un dénominateur commun. Ces actions sont-elles le fruit de l’islam ou de croyances islamiques perverties?

L'islam est souvent abordé dans une perspective politique ou historique, mais rarement à partir d'un point de vue théologique. Ce soir, George Weigel, auteur du nouveau livre Faith, Reason and the War against Jihadism, examine l'islam sous l’angle religieux. Il se joint à nous depuis Washington DC.

QUESTION: N'avons-nous pas pendant trop longtemps ignoré la théologie chez nous, et regardé l'islam sous l’angle de la foi. Est-ce l'ingrédient manquant dans notre engagement avec l'islam?

WEIGEL: Tout à fait, il me semble. Il y a également cette bizarre réticence à parler des racines religieuses du djihadisme, et pourtant qu’est-ce que le djihadisme?

Le djihadisme est l'idéologie d'inspiration religieuse qui enseigne qu'il est du devoir moral de chaque musulman d'utiliser tous les moyens nécessaires pour obliger le monde à se soumettre à l'islam.

Il est certainement vrai que la majorité des musulmans dans le monde n’acceptent pas cette définition des exigences de leur foi. C'est vrai. Mais ce fait est dénué de pertinence.

C’est sans pertinence parce que les djihadistes, eux, acceptent cette exigence de leur foi
, et ils sont non seulement notre ennemi, mais aussi celui de leurs frères musulmans. (ndlr: caricature du français Stephen Bergol)

QUESTION: Parlons un instant de nos perspectives dans ce pays. La montée de Richard Dawkins et de Christopher Hitchens avec leur ferveur anti-Dieu a-t-elle contribué à marginaliser la voix des théologiens sur ces questions, et aussi l’apport d’un point de vue religieux sur des questions qui semblent être les questions centrales de notre époque?

WEIGEL: Il se pourrait bien que ce dernier sursaut d'athéisme militant ait rendu encore plus difficile pour la culture d'élite laïque en Amérique de confronter le fait que la conviction religieuse est une force majeure dans l'histoire du monde et dans la politique mondiale d'aujourd'hui. Cela semble impossible à de nombreuses personnes. Comment cela pourrait-il se passer en termes religieux? Et pourtant, si nous ne comprenons pas ces gens pour ce qu'ils disent, et qui ils disent qu'ils sont, nous ne pourrons pas comprendre qu'il s'agit essentiellement d'un débat d'idées - des idées radicalement différentes sur la société humaine et sur l’avenir de l'homme - et nous ne serons pas en mesure de mener avec succès cette guerre idéologique.

QUESTION: Parlons un instant de ce que croient les musulmans. Nombreux sont ceux en Occident qui ont cette notion - ils vous entendent dire les choses que vous dites, et ils ont lu des livres comme le vôtre - et ils disent: «Attendez une minute George Weigel. Les musulmans croient en un Dieu, ils honorent Marie, la mère de Jésus. Jésus est là dans le Coran. Qu’est-ce qu’ils manquent?»

WEIGEL: Pour commencer, Jésus et Marie dans le Coran ne sont pas des figures qui seraient reconnaissables pour les chrétiens. Le déroulement de l'histoire a été considérablement modifié dans le Coran.

Les causes réelles du problème actuel, cependant, remontent au fait que Mahomet était son propre Constantin (ndlr: empereur romain, monarque absolu de droit divin).

Dès le début, les autorités religieuses et politiques étaient étroitement soudées ensemble dans le monde islamique. Alors que l'Église chrétienne a eu environ trois siècles pour développer un sentiment d'elle-même, et au-delà, un sentiment d’elle-même contre l'autorité politique. Dès le début, l'autorité politique et l'autorité spirituelle opéraient ensemble dans une société islamique proprement construite.

Cela a créé d'énormes tensions dans le monde islamique qui tente de faire face à la modernité politique. En particulier, autour de deux idées:

1. La liberté religieuse, qui inclut le droit de changer de religion. C'est un droit humain fondamental qui peut être connu par la raison.

2. L'autorité religieuse et l’autorité politique doivent être séparées dans une société proprement gouvernée.

Ce sont les deux questions que le Pape Benoît XVI insiste comme devant être au centre du dialogue islamo-catholique à ce moment particulièrement mouvementé de l'histoire.

QUESTION: Parlons du Coran lui-même. Dans votre livre, vous décortiquez la façon dont les musulmans comprennent le Coran – il ne s’agit pas de supplanter Mahomet à la place de Jésus-Christ et d'assumer que c’est ainsi que les musulmans comprennent leur foi. Ce n'est pas vrai. Dites-nous comment le Coran est interprété et compris dans l'islam et pourquoi cela constitue une barrière à son évolution culturelle et politique.

WEIGEL: Pour les musulmans, le Coran est un texte dicté par dieu, mot pour mot et syllabe pour syllabe à Mahomet son dernier prophète. Un texte dicté laisse peu de place pour ce que nous pourrions appeler l’exégèse ou l'interprétation. Il y a place pour l'argumentation juridique - comment applique-t-on telle ou telle loi - mais pas pour le type de bras de fer avec le texte que nous connaissons dans le judaïsme et le christianisme. Dans la Bible hébraïque, Abraham négocie avec Dieu le sort de Sodome et Gomorrhe. David a une discussion avec Dieu quant à savoir s’il va construire un temple. Moïse ne cesse de discuter avec Dieu. Les prophètes discutent avec Dieu sur une base régulière. Jésus est en conflit avec les autorités religieuses de son temps.

Tout cela est rendu possible par le fait que le texte a été inspiré et non dicté. Il y a eu intervention humaine. Nous avons donc des approches très différentes à l’égard du texte sacré que nous considérons être le message de Dieu pour nos vies.

QUESTION: Le pluralisme est-il même possible, compte tenu de tout ce que vous dites sur le Coran et sur l’approche de Mahomet quant à la foi? Comme vous l'avez dit, il était Constantin. Il a soudé la religion avec l'État - c'est une seule et même chose. Le pluralisme est-il possible avec cette mentalité?

WEIGEL: Je crois qu'il y a des exemples dans le monde contemporain de sociétés islamiques qui tentent de trouver une façon de vivre le pluralisme avec succès. L'Indonésie – l’un des plus grands pays musulmans du monde - est un exemple intéressant. La pauvre Bosnie, si souvent un poste de pilotage de conflits dans les années 1990, est un autre exemple. Pourtant, la tendance a été historiquement que les sociétés islamiques ont des difficultés à vivre ce que nous comprenons comme le pluralisme, qui est la pleine égalité civile des différents groupes religieux, et certainement la pleine égalité civile entre les hommes et les femmes.

Dans l'Espagne médiévale, il y a eu une riche culture tripartite composée de musulmans, chrétiens et juifs. On nous présente souvent cette période comme un exemple de pluralisme. Mais ce n'est pas le pluralisme comme nous l'entendons. Parce que c'était une situation dans laquelle la culture dominante - la culture islamique - gardait les chrétiens et les juifs dans une position de subordination tout en leur permettant une certaine liberté d'expression.

Donc l'idée de l'égalité civile entre groupes religieux, l'idée de l'égalité civile entre les hommes et les femmes, est venue difficilement à l'islam et fait partie de ce problème primordial de la difficile rencontre de l'islam avec la modernité.

QUESTION: Je veux partager un extrait du livre du Pape Jean-Paul II que vous citez dans votre livre. Cette citation à propos de l’islam est souvent vue comme douce:

«Quiconque lit le Coran, en connaissant déjà bien l’Ancien et le Nouveau Testament, percevra clairement le processus de réduction dont la Révélation divine y est l’objet. Le Dieu du Coran est un Dieu qui reste étranger au monde. L’islam n’est pas une religion de rédemption». - Jean-Paul II, Entrez dans l’Espérance.

George, quel impact cette notion de Dieu a-t-elle sur les activités quotidiennes des musulmans?

WEIGEL: Dans ce même passage de Entrez dans l'espérance, Jean-Paul II exprime une véritable admiration pour la piété des musulmans. Il parle avec admiration de la façon dont ils s’arrêtent aux heures prescrites cinq fois par jour, tombent à genou, se tournent vers la Mecque et prient. Le Pape dit: les chrétiens feraient-ils de même dans leurs cathédrales vides d'Europe?

Il a un profond respect pour la piété des musulmans. La différence, fondamentalement, se résume à ceci:

Le Coran a quelque 99 noms pour Dieu. Certains d'entre eux sont d'ailleurs très beaux. Celui qui fait défaut, c'est le père. Le Dieu du Coran est Majesté et jamais Emmanuel, il n'est pas le «Dieu-avec-nous», il n'est pas le Père. L'idée d'un dialogue avec Dieu frappe certains musulmans comme étant, sinon absurde, du moins prétentieuse.

C’est pourquoi non seulement la théologie mais encore l’anthropologie de l’islam sont très éloignées de celles du christianisme. C'est aussi une compréhension différente de la personne humaine dans sa relation au divin. Et cela a conduit à des idées différentes de ce qu’est la société bonne. La compréhension chrétienne de Dieu comme Père, la conception chrétienne du Fils de Dieu comme Logos - comme la raison de Dieu qui imprime la rationalité de Dieu sur le monde - a conduit les chrétiens, sur une longue période de développement, à l'idée que la raison morale peut déterminer comment nous devons vivre ensemble dans un monde rempli de différence.

Le Coran définit un modèle de société et de politique dans lequel la différence doit se soumettre à la victoire définitive de l'islam. C'est une vision très différente de la manière dont la société devrait fonctionner.

Maintenant, un dernier point:

Si les musulmans souhaitent faire accepter cette vision-là du monde par l’art de la persuasion, ça va. Le problème vient quand les dihadistes décident que cette vision doit être imposée et que tous les moyens nécessaires doivent être utilisés pour contraindre le monde à se soumettre à l'islam. Nous obtenons ainsi le 11/9 puis les attentats de Madrid, les attentats de Londres, la pagaille en Algérie, au Waziristan, au Pakistan, etc.


QUESTION: Dans votre livre vous parlez de l'inertie dans l'Islam, d’une absence de vitalité intellectuelle. Pourquoi dites-vous cela et quelle en est la cause profonde?

WEIGEL: C'est un véritable casse-tête dans l'histoire de la pensée. Comme on le sait ou devrait le savoir à partir de l'étude de la philosophie, il y a eu des moments au début du haut moyen-âge où les philosophes musulmans ont pris l'initiative de recouvrer les pensées d'Aristote en particulier, et de les ramener dans la sphère intellectuelle du monde de l'époque.

Thomas d'Aquin a beaucoup appris sur Aristote par des philosophes musulmans. Pourtant, à un certain moment, peut-être autour du 14e ou 15e siècle, il semble y avoir un arrêt de cet esprit de recherche au sein du monde islamique. Était-ce parce que les autorités religieuses islamiques sont devenues nerveuses au sujet de la philosophie spéculative, et ce qu'elle pourrait faire, par exemple, à la question de savoir si vous devez interpréter le Coran plutôt que simplement le réciter – nous ne le savons pas vraiment.

Mais une conviction religieuse, une communauté religieuse qui, pendant plusieurs centaines d'années, a connu de grandes réalisations intellectuelles, non seulement dans la philosophie mais dans le domaine des mathématiques et d'autres sciences, a ainsi subi une sorte de fermeture intellectuelle qui continue d'affliger le monde islamique d'aujourd'hui.

Voici l'exemple le plus révélateur: Plus de livres ont été traduits en espagnol dans n'importe quelle période de 20 ans que de livres traduits en arabe au cours des dernières 900 années. C'est tiré d'un rapport arabe sur le développement humain réalisé par des chercheurs arabes sous les auspices de l'ONU. Il y a une sorte de blocage intellectuel, et c’est ce qui rend la rencontre avec la modernité si difficile pour le monde islamique, et ces difficultés ont maintenant débordé et ont des impacts sur le reste d’entre nous.

QUESTION: Parlons de la tentative du Pape Benoît XVI d'engager l'islam. Elle a commencé à Ratisbonne. Il parle de cela depuis longtemps – mais Ratisbonne a certainement été un moment marquant de ce dialogue. Il a reçu l'attention du monde islamique. De là, il les a invités au dialogue, et ils ont répondu. Il y aura une rencontre en février ou mars.

Quelle forme cela devrait-il prendre? Parlez-nous des subtilités de ce processus. Le Pape Benoît XVI a donné une liste des points de dialogue qu'il souhaite aborder. En retour, ces 138 dirigeants islamiques ont envoyé une lettre avec leur propre liste de points de discussion. Les deux listes ne correspondent en aucune façon. Pouvez-vous nous en parler un peu?

WEIGEL: Permettez-moi de revenir en arrière. La conférence de Ratisbonne - qui, je crois, était la plus importante déclaration papale sur un problème d'envergure mondiale depuis plus d'une douzaine d'années - affirme deux points cruciaux.

1. Le monde est menacé par la foi détachée de la raison, qui permet d’imaginer que Dieu vous commande de poser des gestes irrationnels comme piloter un avion dans le World Trade Centre

2. Il existe également dans le monde occidental un problème de perte de la foi dans la raison, de sorte que nous ne croyons pas qu'il est possible de défendre la civilité, la tolérance, la liberté religieuse comme un droit humain, etc

C’était le message de Ratisbonne, qui a amené une réponse d'un groupe de quelque 100 responsables musulmans. Peu de temps après, en décembre 2006, le Pape s'est adressé à la curie romaine lors de sa réunion annuelle de Noël, et il a dit que le dialogue avec l'Islam devait se concentrer sur deux questions:

1. La liberté religieuse comprise comme un droit humain qui peut être connu par la raison, et

2. La séparation des pouvoirs religieux et politiques dans un État proprement gouverné.

C’est resté sur la table jusqu'à octobre dernier, lorsque 138 leaders musulmans - dont certains sont de véritables autorités religieuses et universitaires et d’autres des fonctionnaires gouvernementaux - ont écrit un document intitulé: «Une parole commune entre vous et nous». Cette lettre a été adressée au Pape et d'autres dirigeants chrétiens pour dire «Voici ce que nous voulons discuter, nous voulons parler des deux grands commandements, celui de l'amour de Dieu et celui de l'amour du prochain».

En novembre, le Cardinal Bertoni, Secrétaire d'État du Saint-Siège, a écrit à l'un des signataires de la lettre des 138, un prince jordanien : «Nous serions ravis de vous avoir ici, envoyez un groupe représentatif des 138 à Rome en mars, mais ce que nous voulons discuter, c'est la liberté religieuse et la séparation des pouvoirs religieux et politiques dans un état équitablement gouverné. Nous tenons également à parler de l'enseignement aux jeunes du respect des autres convictions religieuses, et nous voulons parler du fondement moral de la dignité humaine».

Le Prince a alors répondu: «Bien, nous allons vous voir à Rome en mars, et en passant nous voulons parler des deux grands commandements. Ces questions sont intrinsèques, alors que vous, vous parlez de questions extrinsèques.» C'est là où nous en sommes aujourd’hui.

Je crois que le Saint-Siège a été assez stratégique à ce sujet. Il a mis en évidence les points où la friction, et, pire que la friction, la confrontation et le conflit se déroulent dans le monde, soit les deux questions cruciales de la liberté religieuse et de la séparation des autorités religieuses et politiques dans l’État.

Quelles que soient les politesses en mars, le Pape et ses collègues vont tenter de ramener le dialogue sur ces deux questions. Telles sont les choses qui doivent retenir l'attention pour le moment. Telles sont les questions qui créent ce que Sam Huntington appelle «les frontières sanglantes de l’Islam avec le reste du monde».

QUESTION: Vous parlez de la raison - et Benoît XVI y revient souvent - nous devons concilier la foi et la raison, les deux vont ensemble. Est-il possible de dialoguer sur ce point, George, alors qu'en Islam la raison a été abolie en quelque sorte parce que dans la conception islamique, si l'on a la foi on n’a qu’à se soumettre à la volonté de Dieu et au Coran ?

WEIGEL: Je ne présenterais pas les choses de manière si tranchante. Il y a manifestement une tradition bien développée et assez complexe du raisonnement juridique dans le monde islamique. Je pense que le problème est de mettre la question sur le plan moral de la raison, et de savoir s'il est possible pour les croyants d'utiliser la loi morale naturelle qui peut être connue par la raison - ces principes du comportement juste que nous pouvons connaître par un exercice de la raison sans l’aide de la révélation, qu’elle soit juive, chrétienne ou islamique.

Cette loi morale naturelle pourrait être ce que Jean-Paul II a appelé à l'ONU en 1995, une grammaire commune pour le monde qui ne détourne la conversation en aucune manière. Si vous n'avez pas de grammaire, vous n'avez pas de conversation car il n'y a pas de discours intelligible. Une grammaire est nécessaire. Le Pape suggère que la loi morale naturelle que chaque être humain rationnel peut connaître par l'exercice de son esprit pourrait être cette grammaire. Et cela va être une très grande partie de ce dialogue entre le Saint-Siège et les dirigeants islamiques à l'avenir.

QUESTION: Jetons un œil à quelques e-mails que je viens de recevoir de téléspectateurs:

George,

Étant donné votre évaluation pessimiste de l'islam et le fait que le concept islamique de Dieu diffère sensiblement de celui des chrétiens et des juifs, le Pape a-t-il raison de dialoguer avec des fanatiques? Que pouvons-nous accomplir en dialoguant avec des religieux islamofascistes? H. Flood, Aventura Florida

WEIGEL: Je n'aime pas penser à ces choses en termes d'optimisme ou de pessimisme. J'aime y penser en termes de réalisme. Nous devons reconnaître que l'islam, à de nombreux moments de l'histoire, a servi de fondement à de grandes réalisations culturelles. L'islam est présentement dans un état profondément affligé. Il y a une guerre civile au sein du monde islamique sur ces questions de pluralisme, de tolérance et de civilité, et la guerre civile a débordé du monde islamique et implique maintenant le reste du monde.

En faisant intervenir l’église catholique dans ce conflit, le Pape dit à ses interlocuteurs musulmans: Écoutez, il est possible pour une tradition religieuse de développer une compréhension de sa relation aux formes modernes de gouvernance sans perdre son âme. L'Église catholique l’a fait au cours des 200 années très difficiles entre la révolution française et le deuxième Concile du Vatican. Il y a peut-être quelque chose dans notre expérience qui pourrait vous être utile. Cela pourrait être intéressant pour les musulmans réformateurs. C'est aussi une façon de les armer dans leur conflit avec les djihadistes, parce que de toute évidence les djihadistes ne sont pas intéressés par ce genre de conversation.

QUESTION: Chaque fois que des musulmans, mêmes modérés, se dressent dans l'islam, ils ont à craindre de voir leurs têtes coupées, ce qui est évidemment un facteur de dissuasion pour se lever et dire quoi que ce soit. Quel impact pensez-vous que cela aura? La peur dans la communauté islamique est-elle palpable?

WEIGEL: C’est très palpable, et ça touche même des collègues islamiques avec lesquels j’ai dialogué ici aux États-Unis. Il y a quelques années, je discutais de la tradition de la guerre juste avec un intellectuel musulman que je connais depuis 20 ans et qui enseigne dans un prestigieux collège du Nord Est. Il a dit que son plus gros problème était ses élèves qui ont reçu leur formation religieuse dans des madrassas wahhabi radicales aux États-Unis, et qui ne le considèrent pas suffisamment musulman. C'est donc un problème qui a un caractère mondial, mais si nous voulons gagner la compétition pour l'avenir de l'homme contre le djihadisme, nous devons engager le combat à tous les niveaux.

Il existe une évidente dimension militaire à cela, il y aussi des dimensions économiques et culturelles. Il s'agit fondamentalement d'une guerre d'idées.

Nous devons présenter une idée plus noble de la liberté humaine et de la société humaine, des bienfaits de la société humaine, qui nous demandera de faire de grands sacrifices. Voilà la réponse à l'appel avili des djihadistes au sacrifice pour leur vision franchement malicieuse de l'avenir de l'homme et de la société humaine.

QUESTON: Pensez-vous qu'il y a des leaders dans le monde à part le Pape qui soient capables de concevoir ou de réclamer ce débat?

WEIGEL: Je pense qu'il y a une division du travail. Nous ne devrions pas trop attendre des responsables politiques. Ce que le Pape a fait à Ratisbonne, ni un président, ni un premier ministre, ni un président de parti, ni le Secrétaire général de l'ONU n’aurait pu le faire. Seul le pape peut faire ce genre de choses.

Les gouvernements ont des responsabilités différentes dont je discute assez longuement dans mon livre, en termes de politique étrangère, de politique militaire, de défense, de renseignement, d'économie, de diplomatie publique, etc. Mais certaines des lourdes responsabilités dans le développement d'un véritable dialogue interreligieux - pas Kumbaya (ndlr: terme hippy qui signifie la paix) mais une véritable conversation qui commence à partir de la compréhension de la différence - reposent non pas sur les épaules des gouvernements mais sur celles des chefs religieux.


QUESTION: Nous allons maintenant à ce e-mail:

M. Weigel,

Dans votre livre (que j'ai acheté après Noël), vous déclarez que la politique de Bush en Irak est ancrée dans une «évaluation réaliste» de la situation là-bas. Même si je suis d'accord avec une grande partie de vos écrits, ceci me frappe comme étant faux.

L'administration savait certainement que les factions Sunnites/chiites se déchaîneraient après le renversement de Saddam.

Vu tout ce qui s'est passé, et l'engrenage de la violence, pensez-vous toujours que cela était une «évaluation réaliste» de la situation? - Janice, Myrtle Beach

WEIGEL: Heureusement, l'engrenage de la violence n'est plus tel qu’il a été en 2006. La flambée (poussée militaire en Irak) semble avoir produit les effets souhaités, nous semblons avoir appris à mieux faire ce genre de guerre de contre-insurrection.

Ce que je veux dire par une «évaluation réaliste» de la situation est qu’il était nécessaire de faire tomber la fièvre au Moyen-Orient. Il était nécessaire de démontrer qu'un dictateur sans pitié ne peut pas continuer à narguer la communauté internationale, l'ONU, les États-Unis. Il était important, voire impératif de prendre le risque de fournir un mode alternatif d'auto-gouvernance dans le monde arabo-islamique.

Cela a été une transition très difficile pour laquelle de nombreux jeunes Américains courageux ont payé un prix très élevé. Mais si vous avec lu l’article de l’intellectuel Fouad Ajami de l’Université John Hopkins paru la semaine dernière dans le Wall Street Journal - ce brillant essai démontre comment cet effort des États-Unis a lentement commencé à changer l'impasse politique au Moyen-Orient dans un sens positif.

Nous pourrions ne pas voir les effets de cette situation avant 40 ou 50 ans. Comme l’intuition de Harry Truman à la fin des années 40 qui n’a pas été justifiée avant 1989.

L'approche de Bush au Moyen-Orient pourrait ne pas être justifiée avant que je regarde la télévision EWTN au purgatoire, soit dans quelque 40 ans!

QUESTION : Dans votre livre, vous dites que nous devons mériter la victoire, en citant une phrase de Winston Churchill.
Que voulez-vous dire par cela ? Et vous parlez aussi que nous finançons nos ennemis. Parlez un peu de ça. Il s'agit là d'un point crucial, il me semble.

WEIGEL: Il y a deux dimensions à cette question. Un pays dont les exportations principales à l’étranger comprennent des films pornographiques ou extrêmement violents n'est pas dans une position très forte pour proclamer les vertus de la société libre et vertueuse.

Le gâchis culturel des États-Unis fait partie de notre problème à tenter de gagner le monde à notre cause, et nous devons comprendre cela. Nous devons montrer le visage plus noble de la liberté. Quant à l'aspect économique, une partie de la raison pour laquelle nous sommes en difficulté aujourd'hui est que plus d'un milliard de dollars de ressources de l'Occident ont été transférées au monde arabo-islamique, et en particulier à l'Arabie Saoudite, depuis la Seconde guerre mondiale.

Des milliards de dollars d'argent saoudien ont été investis dans le financement de la propagande wahhabi, des institutions wahhabi, des madrassas wahhabi, des aumôneries wahhabi dans les prisons nord-américaines. Ce n'est pas bon.

Nous devons briser notre dépendance à l'égard du pétrole arabe comme carburant de transport. Il n'existe pas une seule solution miracle. Je discute dans mon livre d'un portefeuille d’approches alternatives d’énergies de remplacement qui pourraient être mises en place au cours des 10 à 20 prochaines années, mais nous devons commencer le processus de tarir le financement du djihadisme en nous plaçant nous-mêmes dans une position différente vis-à-vis nos besoins énergétiques.

QUESTION: Nous avons une question par téléphone. Voici Mark de Georgie:

Ne pensez-vous pas que l'islam va mûrir avec le temps? Parce que l'islam est beaucoup plus jeune que le christianisme, c'est la plus jeune de toutes les grandes religions. Le christianisme a mûri, l'ensemble de l'humanité a mûri progressivement. N’avez-vous pas espoir que le monde islamique fera de même?

WEIGEL: Comme je l'ai dit il y a un instant, j'espère que le modèle de développement catholique sur la question de la séparation entre l'Eglise et l'Etat au cours des 200 dernières années pourrait fournir quelque analogie permettant aux réformistes musulmans de puiser dans leur propre tradition islamique afin de trouver des fondements garantissant la civilité, la tolérance et le pluralisme. C'est un problème plus sévère dans le monde islamique parce que le problème du pluralisme a été là depuis le début parce que Mahomet a été son propre Constantin. C’est donc une question beaucoup plus difficile à aborder, mais comme le Pape l’a souligné, l’effort en vue d’engager cette conversation en vaut certainement la peine.

QUESTION : George Weigel, merci d'avoir été avec nous

Voir aussi:

La foi, la raison, et le combat idéologique contre le djihad - George Weigel, théologien

La réforme de l’islam, Loch Ness du désert dont tout le monde parle et que personne n’a jamais vu

Syndrome de Stockholm : l’islam, gigantesque prise d’otages ? par Radu Stoenescu

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Un Algéro-Québécois islamolucide décode pour nous la langue des suprématistes islamiques

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Les religions n’ont pas toutes le même message : Commentaire sur le christianisme et l’islam

Le site du Ministère des Affaires Islamiques saoudien publie des appels à l’extermination des juifs, au jihâd et à l’éxecution des apostats

Comment on devient djihadiste - le combat existentiel contre l’Occident

Comment on devient islamiste

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Front Djihadiste – Les chaires d’études islamiques en Occident

Les dons saoudiens aux universités occidentales financent l’islam radical haineux – l’exemple de l’Université Georgetown (US)

Grande-Bretagne - Infiltration d’islamistes extrémistes au cœur du gouvernement

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Un ministère des affaires islamiques à l’intérieur du ministère des affaires étrangères du Canada ?

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11 commentaires

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Helios d'Alexandrie

5 Avril 2008
18:37

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

Citation de l'interview:

"...j’espère que le modèle de développement catholique sur la question de la séparation entre l’Eglise et l’Etat au cours des 200 dernières années pourrait fournir quelque analogie permettant aux réformistes musulmans de puiser dans leur propre tradition islamique afin de trouver des fondements garantissant la civilité, la tolérance et le pluralisme..."

Tout d'abord, MERCI à Point de Bascule pour cet échange éclairant, en passant ce n'est pas au Canada et encore moins en Europe qu'un auteur aussi sérieux se voit octroyer un temps d'antenne aussi long pour bien exposer son point de vue.

Personnellement je ne crois pas que les "réformistes" musulmans aient quelque chance que ce soit de réformer un jour l'islam, s'ils s'engagent dans le dialogue avec le christianisme c'est principalement pour deux raisons:

1-Ils ne sont pas assez confiants dans la victoire ultime de l'islam

2-Ils veulent rehausser leur prestige dans leurs pays d'origine en se positionnant comme interlocuteurs du Pape

Les réformistes ne peuvent certainement pas puiser dans la tradition islamique afin de trouver des fondements garantissant la civilité, la tolérance et le pluralisme, s'il le faisaient ils n'y trouveraient que le régime de dhimmitude pour juifs et chrétiens et la conversion forcée pour les autres. C'est donc en dehors de la tradition islamique que les "réformateurs" devront puiser, autrement dit en terrain non-musulman, et cela, pour un imam ou un savant musulman, équivaut à l'apostasie.

Le fait est que ces réformateurs n'osent même pas s'opposer aux jihadistes violents, quand ils sont confrontés à cette question ils se contentent de répondre que l'islam est une religion de paix et de tolérance. Ils sont loin de prendre leurs distances de certaines prescriptions barbares telles que l'amputation des voleurs, la lapidation des adultères, la condamnation à mort des apostats, la guerre contre les incroyants etc. La oumma islamique englobant toute l'humanité demeure pour eux un objectif sacré pour le long terme.

La question qui se pose est donc celle-là: Quel intérêt le Saint-siège trouve-t-il dans le dialogue entre islam et christianisme?

Personnellement je suis convaincu que Benoît XVI s'est bien positionné sur le plan stratégique pour démontrer à l'Europe son attitude insouciante et irresponsable face à l'islam. En engageant le dialogue avec des représentants "modérés" ou "réformateurs" de l'islam sur des sujets aussi fondamentaux que le droit à la liberté religieuse et la séparation de la religion avec l'état, le Pape oblige ses interlocuteurs soit à jouer carte sur table soit à déclarer forfait, dans les deux cas la démonstration sera faite de la vacuité du "discours islamique modéré" et de l'incompatibilité de l'islam avec la civilisation occidentale.

Cette démonstration est aussi très importante pour resserrer les rangs des catholiques et rappeler à l'ordre ceux qui, par aveuglément ou charité chrétienne mal comprise, sont devenus des idiots utiles à l'islam.

Cette démonstration est également importante pour les musulmans "modérés" vivant en occident (ceux qui sont assis sur la clôture attendant de voir de quel côté le vent tournera) ils comprendront que leur attitude attentiste est désormais perçue comme un encouragement tacite au jihadisme, leur position n'en sera que plus inconfortable.

Le dialogue est toujours très utile, il sert à circonscrire les points où l'on s'entend, et, ce qui est de loin plus important, mettre en lumière les incompatibilités et les divergences fondamentales.

À partir de ce moment nous devrons en tant que peuples civilisés nous gouverner en conséquence.

Si Benoît XVI force les occidentaux à se sortir la tête du sable, la postérité fera de lui un Pape plus grand et certainement plus utile que Jean-Paul II.

Helios d'Alexandrie


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ami

5 Avril 2008
20:53

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

"1-Ils ne sont pas assez confiants dans la victoire ultime de l’islam"

Le fait que ce dialogue soit initié par l'église catholique laisse supposer que c'est plutôt cette dernière qui n'est pas confiance. Cette opinion pourrait peut-être être étayée par le récent aveu de Rome selon lequel l'islam est dorénavant la première religion monothéiste du monde devant le christiannisme, et que le rapport démographique est très nettement en faveur des musulmans.

Par conséquent, la probabilité à long terme que le christianisme, disons, "classique" soit marginalisé est très élevée. Ce constat pourrait aussi expliquer la nouvelle approche dialectique foi/raison initiée par M.Ratzinger, approche qui, si j'ai bien compris, insiste sur l'expérience religieuse individuelle et ésotérique, consolidée par la raison, l'expérience personnelle et le bon sens, plutôt que sur des règles morales rigides imposées par une quelconque autorité externe.

Une telle approche pourrait susciter l'adhésion de beaucoup d'occidentaux ( moi le premier ) et les unir non plus autour d'un dogme prédigéré auquel il est obligatoire d'adhérer mais autour d'une façon de voir le Monde et de construire la Morale.

Pour donner une image discutable, je dirais que le centre de gravité de l'"instance morale" se déplacerait de l'extérieur au "cœur" des individus.

Nous assisterions là à une transition historique de première importance et qui représenterait une révolution fondamentale pour une religion monothéiste, et peut-être pour le monde...

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Annie Lessard

7 Avril 2008
01:06

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

Quant au nombre de croyants, musulmans et catholiques, les chiffres comparent les catholiques aux musulmans. On ne tient pas compte des protestants. De plus, si les musulmans avaient la liberté de quitter l’islam, il y en a peut-être des millions qui le feraient.

De toute façon, les chiffres ne signifent rien. C’est la qualité qui compte. L’islam n’a jamais donné au monde un leader ayant un rayonnement mondial. Pas de Dalai Lama (et pourtant les bouddhistes tibétains sont une poignée), pas de Nelson Mandela, de Martin Luther King, de Gandhi. En fait, le seul musulman ayant un rayonnement mondial est Ben Laden. Ça dit tout !

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5 Avril 2008
23:36

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

Bonsoir à tous et plus particulièrement à vous Hélios ,

Je suis toujours agréablement surprise de vous lire et étonnée par votre grande lucidité.

Vous avez raison de remercier Point de Bascule de nous accorder le privilège de cette entrevue.Monsieur Weigel est incontestablement un grand théologien.

Je ne remettrai nullement en question l'intégrité de Monsieur Weigel. J'oserai cependant m'interroger davantage sur les raisons profondes qui motivent l'Église par la voix du Saint-Père à organiser ce dialogue idéologique dès l'automne prochain .

Je vous avouerai que j'appréhende toutes ces discussions idéologiques .Je suis encore loin d'être convaincue du résultat ainsi que de la positivité de ces rencontres .

En effet , la stratégie semble bonne de la part de l'Église mais permettez-moi de douter de son efficacité .

Comment croire que l'Islam soit prêt pour un tel débat ? Personnellement , je n'arrive pas à l'admettre et encore moins à le croire .Un dialogue de sourds n'apportera que davantage de confusion et d'instabilité à l'échelle mondiale . C'est ce que nous sommes en droit de craindre .

Par ailleurs , il est vrai que Benoît XV1 soit un grand théologien et possiblement un fin stratège mais quel prix devrons-nous tous payer devant l'échec ?

Ceci me rappelle à regrets et c'est peu dire, la position qu'adopta L'Église Catholique avant et pendant la seconde guerre mondiale .L'Église a-t-elle appris des ses erreurs d'antan ? Je me questionne profondément car malheureusement j'érouve des doutes .Ces rencontres , ce dialogue ne creusera-t-il pas davantage le fossé entre l'Église Catholique et la Religion Juive ?..

Devra-t-on encore une fois sacrifier tout un « PEUPLE » pour assurer la survie des autres ? Je souhaite ardemment que «NON» !Cette terrible erreur nous serait tous fatale tant sur le plan politique que sur le plan religieux .

Il n'y a plus de place pour commettre encore une fois l'irréparable.

Je préfère prévenir que de laisser faire sans me prononcer, quitte à subir les foudres de ceux qui ne partagent pas mon opinion .

Hélios , Benoît XV1 ne peut forcer personne à sortir la tête du sable lorsque ceux-ci se sentent bien protégés et confortablement installés avec du sable plein les yeux .

Bonne fin de soirée .

Véronique Dupuis .

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Helios d'Alexandrie

6 Avril 2008
02:52

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

À Véronique Dupuis,

Merci pour votre appréciation, je tenterai de répondre à vos questions.

Vous avez tout à fait raison les musulmans ne sont pas prêts à un débat sur la liberté religieuse ni sur la séparation entre la religion et la politique, ils ne peuvent le faire sans renier ou mettre entre parenthèse le coran et Mahomet. C'est pourquoi il n'y aura pas de débat.

En leur proposant ce débat Benoît XVI vise de toute évidence la réciprocité, il leur dit en substance ceci: "les musulmans en occident sont libres de pratiquer leur religion, ils construisent des mosquées et des écoles sans restriction, ils sont assurés de la liberté religieuse, ils doivent en retour assurer les mêmes libertés aux chrétiens qui vivent dans les pays musulmans." La proposition est logique et raisonnable, toute personne sensée doit l'accepter, les musulmans qui sont supposés être aussi sensés que le reste des humains ne peuvent logiquement rejeter le bon sens. Or ils le rejettent pour des raisons religieuses, la liberté de religion est niée dans l'islam, c'est Allah-Mahomet qui l'ont décrété contre tout bon sens, les musulmans ne peuvent ne pas leur obéir, ce serait faire preuve d'apostasie.

La séparation de la religion et de la politique pose un problème de même ampleur. l'islam est religion, état et organisation sociale il s'infiltre partout et prétend imposer à l'humanité entière la théocratie islamique. Il s'agit bien sûr d'une idée délirante mais elle est soigneusement entretenue par les musulmans (islam will dominate the world). La proposition de Benoît XVI aux musulmans à l'effet d'envisager la séparation de la religion et de la politique n'ira nulle part.

Bien entendu Benoît XVI et toute la curie romaine le savent et ils ne s'attendent pas à grand chose de la part des musulmans, cependant ils sont les mieux placés pour leur imposer ce débat et les obliger à se commettre. Soit que les musulmans refusent ouvertement la liberté religieuse et la séparation de la religion et de la politique, soit qu'ils refusent catégoriquement d'en parler. Dans les deux cas le Saint-Siège aura gagné son point, démontrer l'impossibilité pour l'islam de concilier la foi avec la raison.

Et cette démonstration est importante pour l'occident, particulièrement pour les gouvernements et les autruches bien-pensantes qui, à l'instar de Bouchard et Taylor, s'obstinent à voir dans l'islam une religion "comme les autres". Du moment qu'ils seront confrontés à la rigidité absolue de l'islam et à son irrationalité, les bien-pensants se retrouveront neutralisés, les islamistes verront par ricochet leur position grandement affaiblie.

Fondamentalement le débat que le Pape propose aux musulmans n'est autre chose que celui qu'il aurait proposé aux gouvernements et aux "intellectuels" occidentaux si ces derniers n'avaient pas avec une obstination suicidaire laissé l'islamisme proliférer à ce point.

Il ne faut pas minimiser l'influence du Pape chez les catholiques et même chez les orthodoxes et les protestants. Si demain Benoît XVI s'avisait de recevoir en entrevue le maire et les conseillers d'Hérouxville, Bouchard, Taylor et nos pseudo-intellectuels prendraient leur trou et on cesserait de parler d'accommodements raisonnables. Le gouvernement se verrait dans l'obligation de reconnaître que le Pape par son geste a exprimé tout haut ce que les québécois en majorité pensent des changements qu'on cherche à leur imposer par la pression psychologique et la culpabilisation.

Staline demandait au sujet du Vatican, combien de divisions et d'armées il pouvait mobiliser, en parlant ainsi il était loin de se douter que moins de 40 ans plus tard le Pape, sans armes et sans soldats, allait jouer un rôle central dans l'effondrement de l'URSS.

Je ne crois pas que les juifs soient menacés par le débat entre le Pape et les musulmans. Le contexte actuel est différent de celui de la seconde guerre mondiale où le Pape et une grande partie des catholiques se retrouvaient sous le pouvoir des nazis. Il faut dire aussi que l'antisémitisme imprégnait l'Église ce qui n'est plus le cas actuellement. Mais je suis d'accord pour dire que pour les juifs la principale menace vient actuellement des musulmans, les actes antisémites sont à la hausse en occident et ils sont majoritairement le fait de musulmans.

L'irréparable serait la répétition de l'holocauste, on peut imaginer qu'un Iran nucléarisé lance une attaque nucléaire massive sur l'état d'Israël, la probabilité d'une telle catastrophe est faible mais elle n'est pas nulle, chose certaine on ne voit pas comment le Pape pourrait prévenir ou contribuer indirectement à une telle attaque.

Benoît XVI ne peut forcer personne à s'enlever la tête du sable, c'est tout à fait vrai, cependant il peut contribuer beaucoup à renverser la vapeur. Encore une fois il ne faut pas sous-estimer le "soft power" du Vatican, ni l'effet catalyseur du Pape quand il exprime ouvertement ce que les chrétiens ressentent profondément.

Et avant de finir ceci: l'Église catholique, du fait qu'elle est bien informée et bien "branchée", se trompe rarement quand elle décide du moment opportun pour intervenir.

Bien à vous

Helios d'Alexandrie


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Véronique Dupuis

7 Avril 2008
02:56

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

Bonsoir Hélios ,

Je vous remercie de tout coeur pour le temps que vous avez consacré à me répondre .Mais voilà , je ne suis pas facile à convaincre .

Je reste perplexe Hélios et je souhaite que vous ayez raison .

Je viens de prendre connaissance à l'instant de l'actualité du jour sur Point de Bascule et il n'y a rien de bien rassaurant pour nous tous .

"Mort du Conseil des droits de l’Homme et de l’universalité des droits de l’Homme."

dimanche 6 avril 2008, par Annie Lessard, Marc Lebuis

C'est une triste nouvelle Hélios mais je ne suis pas très surprise par cette rubrique nécrologique .

Bien au contraire ,je soupçonnais un tel coup d'éclat . Hélios , je suis loin d'être une experte en théologie mais on m'a souvent incitée à tenir compte de mon instinct .Celui-ci me dit que "ça sent mauvais " !

Quelles seront maintenant les conséquences de cette terrible décision à l'échelle mondiale ?

Pour l'instant ,je suis loin de déborder de joie et d'optimisme pour l'avenir de l'humanité .

Ce n'est pas ma foi en Dieu qui soit ébranlée mais je ne crois plus en l'HOMME .

Nous vivons dans un monde de cupidité et d'atrocités . Un monde de terreur , c'est loin d'être terminé !

Sincèrement ,

Véronique Dupuis

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Helios d'Alexandrie

7 Avril 2008
23:52

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

Bonsoir Véronique,

Ce qui se passe est naturellement le produit d'années de recul obséquieux devant l'islam. L'occident s'est trop habitué à la liberté au point de la prendre pour acquis et de se convaincre qu'elle durera tout le temps. Il en est de même pour la paix.

L'islam est très fragile, s'il ne l'était pas il n'aurait pas si peur de la liberté d'expression. Toutes les dictatures sont fragiles même les plus implacables comme celle des chinois, ces derniers perdent leur sommeil rien qu'à passer au Dalaï Lama qui pourtant ne conteste même pas l'attachement du Tibet à la chine et n'a jamais prêché l'insurrection armée. Leur peur est loin d'être irrationnelle, ils se rappellent que l'URSS s'est effondrée comme un château de cartes et ont très peur de subir le même sort, ils savent aussi que la répression brutale ne peut rien changer au désir d'être libre.

Il en est de même pour l'islam qui confond volontairement caricatures et blasphèmes. C'est qu'il en a très peur comme de se regarder dans le miroir, il a surtout très peur que les musulmans ne s'ouvrent les yeux. Encore là l'islam qui est une tyrannie a recours à la répression et à la terreur, il est tellement vide intérieurement qu'il ne lui reste que la violence pour se maintenir.

Mais vous avez raison d'avoir peur, les reculs de l'occident face à l'islam, loin de garantir la paix ne font qu'augmenter le risque de conflit. De la même façon que les différentes branches de l'islam se haïssent et se font la guerre, elles haïssent à mort l'occident et feront tout pour le dominer.

Nos intellectuels et nos politiciens sont aveugles et sourds, ils ne veulent pas prendre acte de la réalité et refusent de prendre les signes avant-coureurs pour ce qu'ils sont, c'est à dire des avertissements sérieux. Même les personnes qui nous côtoient et qui lisent les éditorialistes, se ferment comme eux les yeux sur la réalité. Ce phénomène a été présent durant les années 30 et a été responsable de la défaite initiale face aux nazis.

Personne n'aime les mauvaises nouvelles, surtout celles qui obligent à sacrifier sa tranquillité d'esprit, plutôt que d'anticiper la catastrophe les gens préfèrent attendre tranquillement qu'elle leur tombe dessus.

Mais le simple fait d'en parler est déjà important, l'information est le nerf de la guerre, c'est le travail de fourmi dans l'ombre, il consiste à dire au gens: réveillez-vous, voici la réalité, cessez de vous bercer d'illusions, il est temps de vous exprimer et de vous manifester pour que nos girouettes de politiciens comprennent que désormais le vent a changé de direction. Car voyez-vous, le problème est avant tout politique et c'est par la politique qu'il se règlera, pas à la cours suprême et encore moins à la commission des droits de l'homme.

La seule chose qui peut me rendre pessimiste c'est l'acceptation de la défaite avant le combat.

Garder espoir c'est déjà se battre.

Amicalement

Helios d'Alexandrie

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Tromso

5 Avril 2008
20:26

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

Winston Churchill - À propos de l’Islam - Campagne au Soudan

Combien effrayantes sont les malédictions que le mahométanisme fait reposer sur ses fidèles ! Outre la frénésie fanatique, qui est aussi dangereuse pour l’homme que la peur de l’eau pour le chien, on y trouve une terrible apathie fataliste.

Les effets sont patents dans certains pays. Habitudes imprévoyantes, systèmes agricoles aberrants, lenteur des méthodes commerciales, et insécurité de la propriété se retrouvent partout ou les adeptes du Prophète gouvernent ou vivent.

Un sensualisme avilissant dépouille la vie de sa grâce et de sa distinction, ensuite de sa dignité et de sa sainteté. Le fait que dans la loi mahométane toute femme, qu’elle soit enfant, épouse ou concubine doive appartenir à un homme comme son entière propriété, ne fait que repousser l’extinction totale de l’esclavage au jour où l’Islam aura cessé d’être un pouvoir important parmi les hommes.

Certains musulmans peuvent montrer de splendides qualités, mais l’influence de la religion paralyse le développement social de ceux qui la suivent.

Aucune force aussi rétrograde n’existe dans le monde.

Loin d’être moribond, le mahométanisme est une foi militante et prosélyte. Il s’est déjà répandu partout en Afrique centrale, attirant de courageux guerriers pour chaque avancée et partout où la chrétienté n’est pas protégée par les armes puissantes de la science, science contre laquelle elle a vainement luttée, la civilisation de l’Europe moderne peut s’écrouler, comme s’est écroulée la civilisation de la Rome antique.


Sir Winston Churchill

The River War, first edition, Vol. II, pages 248-50


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Tromso

7 Avril 2008
08:55

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

«La tolérance envers les Musulmans n`est jamais réciproque, et il faut bien garder a l`esprit que le simple dialogue avec l`Islam ne peut etre qu`une affaire de dupes. Tant qu`ils resteront attachés a des dogmes professant l`infériorité absolue des non-Musulmans ainsi que le devoir, pour tout Musulman d`oeuvrer - par n`importe quel moyen - a l`islamisation du monde, qui est une conquete non seulement spirituelle, mais surtout politico-idéologique et territoriale. Chaque mosquée érigée en territoire européen consitue par conséquent, de la part des Occidentaux, une reconnaissance de facto de la suprématie temporelle du Dar el-Islam.»

«Il faut savoir que les Musulmans n`ont jamais regretté d`avoir conquis et asservi des nations européennes entieres, dont l`Andalousie (Espagne) qu`ils pleurent encore.»

Alexandre del Valle - Islamisme et USA - 1997 - page 55


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Tromso

7 Avril 2008
15:31

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

Toute étude géopolitique du monde arabo-musulman suppose une connaissance élémentaire de la doctrine théologique musulmane dans la mesure ou l`islam est un systeme total qui prétend régir tout les secteurs de la vie privée mais aussi publique. «Dans l`Islam, précise Bernard Lewis, la religion n`est pas, comme c`est le cas dans le christianisme, un secteur ou une province de la vie, réglementant certains domaines, tandis que d`autres échappent a son emprise; la religion islamique intéresse la vie tout entiere - exercant une juridiction non point limitée mais globale.»

Dans ce type de société, l`idée meme d`une séparation de la religion et de l`État est dénuée de sens, le pouvoir politique et le pouvoir religieux ne faisant qu`un. Aussi, les juristes et théologiens musulmans ont-ils a coeur de rappeler que la religion (Din, l`État (Dawla) et la société (Dounya), sont une seule et meme chose, cette fusion étant elle-meme l`essence profonde de l`islam qui signifie - soumission a la loi d`Allah -.

Islamisme et USA - Alexandre del Valle - 1997 - page 43

Pourtant beaucoup de musulmans disent que islam signifie religion de paix - Pourquoi ces mensonges?


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thermidor

4 Mars 2009
14:42

Combat (idéologique) contre Djihad (idéologique) - entrevue avec le théologien George Weigel

Le ba'haisme qui a émergé de l'islam chi'ite à la fin du XIXème siècle, bien qu'il soit considéré comme une hérésie par l'islam orthodoxe tant sunnite que chi'ite, n'aurait-il pas pu fournir une piste d'évolution de l'islam vers une formulation plus pacifique (le ba'haisme qui est devenu quasiment une nouvelle religion s'est affranchi de la châria et a bien évolué vers une pratique religieuse tout à fait ouverte spirituellemnt et tolérante, quoique toujours prosélyte)??
Il a y bien des théologiens, y compris à l'intérieur de l'islam, qui doivent se préoccuper de cette violence, du discours et des actions qu'il génère dans les esprits.

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