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Brève
Bosnie - Les Croates réclament leur propre entité pour éviter l'islamisation
23 Mars 2009
Sarajevo, 19 mars (AKI) – Des groupes de Croates en Bosnie ont dénoncé ce qu'ils appellent l’«islamisation» de la Fédération croato-musulmane et préparé un document exigeant leur propre entité, ont rapporté les médias jeudi. « Les Bosniaques (musulmans) sont le principal problème politique en Bosnie-Herzégovine, car ils recherchent ouvertement l'hégémonie en comptant sur leur majorité, » a dit le militant croate Leo Plockinic aux journalistes. Plockinic dit que le sort des Croates est le pire des trois groupes principaux de Bosnie et qu’ils sont soumis à l’assimilation par la majorité musulmane. Il préside l'association croate « Un gouvernement alternatif » et l’ONG Croatia Libertas. « L'un des problèmes les plus importants en Bosnie est la fusion de la politique bosniaque et de l’islam, qui transforme la Bosnie en État gouverné par la charia», a déclaré Plockinic.

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Commentaires
Bosnie - Les Croates réclament leur propre entité pour éviter l'islamisation
http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_109fxwhzxg2
Très exagéré
On dirait que, chaque fois que les circonstances s’y prêtent, ceux qui ont voulu dépecer l’état multiséculaire de Bosnie-Herzégovine reprennent du poil de la bête. Rappelons que Tuđman avait voulu le partager avec Milošević : à l’encontre de l’Etat de Droit, de l’opinion majoritaire en Croatie et contre l’opposition expresse de la hiérarchie catholique, et à l’instigation de sa bande de catholiques d’Herzégovine occidentale –ces anciens Serbes qu’on voyait sans cesse brandir des drapeaux croates où ils avaient masqué les armes des provinces, parce que celles de l’Herzégovine n’en font pas partie.
Ne doutons donc pas que les partisans de la Grande Serbie fassent leurs délices de ces exagérations et de ces mensonges à l’usage des ignorants, qui ne servent finalement que leur pouvoir de nuisance à eux. Leur titre même laisse d’ailleurs soupçonner qu’ils ne sont pas pour rien dans leur diffusion, tant ce fantasme-là est central dans leur propagande.Mark Twain avait un jour cru devoir préciser que « la nouvelle de ma mort est très exagérée ». Là, il est tout aussi évident que cette histoire de loups-garous islamistes correspond beaucoup plus à ce qu’on peut faire croire à ses dupes qu’à de ce qui se passe réellement en Bosnie-Herzégovine.
Le problème “islamique” actuel de la Bosnie-Herzégovine est qu’à force de dépenser des millions de son pétrole volé, l’Arabie Séoudite a réussi à exercer une certaine influence sur les instances de sa Communauté musulmane.
En revanche, en déduire que la société elle-même serait en voie d’ « islamisation », qu’elle voudrait adopter la Chari’a et créer un état islamique, ce n’est là qu’un fantasme.
Les Bosniaques sont beaucoup trop laïcisés pour cela : les musulmans pratiquants ne représentent même pas 17 % de leur communauté, ce qui les rend à peu près aussi nombreux, par rapport à la population totale de Bosnie-Herzégovine, que les Serbes le sont au Kosovo –lequel, comme chacun devrait le savoir, est monoethniquement albanais.
En outre, il existe chez les Bosniaques un certain attachement à Tito, lequel leur a rendu l’identité nationale et le territoire qu’ils avaient en fait perdus en 1878, et une forte tradition d’attachement à cette pluralité ethnique qu'incarnait le mouvement des Partisans : ils étaient, avec les Serbes, le seul peuple de Yougoslavie qui ait eu un intérêt vital au maintien de celle-ci ; et le regret de sa disparition y demeure d’autant plus fort qu’elle leur a valu l’agression et le nettoyage ethnique de la part des Serbes, et que la solution institutionnelle adoptée à Dayton en 1995 ne fonctionne pas.
Bien entendu, il serait ridicule de prétendre que Tito voulait instituer un « état islamique ». Lorsqu’en novembre 1943 à Jajce, dernière ville royale de Bosnie, il avait défini la Bosnie-Herzégovine comme une entité politique distincte, c’était comme élément historique d’une solution fédérale au problème plus large des nationalités.
On pourrait reprocher à Tito, dans les années 60, d’avoir défini une « nationalité musulmane » pour se faire bien voir des états du même métal dans le mouvement des non-alignés, mais cette démagogie-là les Bosniaques eux-mêmes l’ont résolue en s’appelant eux-mêmes « bosniaques » : les habitants de la Bosnie-Herzégovine qui justement, et à la différence de leurs voisins, ne confondent pas la nationalité avec la religion, et par conséquent ne s’identifient pas à celle d’autres états.
Tito avait dès le début reconnu aux Bosniaques une identité politique distincte ; ceux-ci en auraient-ils profité pour avancer leurs pions vers un état islamique ?Le croire serait oublier que c’est au XIX° siècle que les Oulémas de Bosnie-Herzégovine ont accepté, et justifié, l’abandon de la Chari’a ; remettre cette décision-là en cause impliquerait une révolution intellectuelle équivalente au rétablissement de la monarchie en France. C’est dire si ça a peu de chances de se produire. Les propagandistes qui ont écrit ce texte le savent, mais ils espèrent bien que nous, nous ne le saurons pas.
S’il y a aujourd’hui des musulmans en conflit en Bosnie-Herzégovine, il tient à l’écart croissant entre les éléments corrompus de la hiérarchie cléricale et la majorité des Bosniaques qui sont soit modérés, soit, pour la plupart, laïcisés (l’« islamisation » de Sarajevo, les voiles qu’on y a vu apparaître, tiennent à ce que nombre de paysans plus traditionalistes chassés par le nettoyage ethnique s’y sont réfugiés, et non à un progrès de la propagande islamiste).
Et comme qui se ressemble s’assemble, c’est avec les fanatiques serbes que se sont alliés les dirigeants cléricaux de Sarajevo sous influence arabe, les uns et les autres faisant appel à des gangsters pour défendre leurs intérêts. Ce que les séparatistes croates, qui ont bien entendu leur propre mafia violente, craignent surtout face à cette alliance-là, c’est surtout d’avoir à lui abandonner certains fromages juteux.
Comment se traduit visiblement cette alliance crapuleuse entre les Tchetniks et les Wahhabites ? Eh bien, par le refus de Sarajevo de reconnaître l’indépendance du Kosovo, aussi bien que par l’abominable décision du Reis-ul-ulema Mustafa Ćerić de transférer à la Communauté islamique de Belgrade l’autorité sur les Bosniaques musulmans du Sandjak de Serbie (dans l’empire ottoman, ce Sandjak-là faisait partie de la Bosnie). Cependant, ces manigances bureaucratiques, si absurdes soient-elles, ne pèsent pas sur la vie des Bosniaques dans leurs villages.
Ce qu’implique l’état unitaire réclamé à juste titre par les dirigeants politiques de Sarajevo, c’est la reconnaissance de l’égalité des Droits entre les citoyens, qu’ils se considèrent comme croates, comme serbes ou comme bosniaques.
Il impliquerait aussi la dispartition de la soi-disant Republika Srpska telle que définie à Dayton, et qui n’est à la Bosnie-Herzégovine que ce que l’Abkhazie ou l’Ossétie du Sud sont à la Géorgie : le produit d’une politique de conquête et d’extermination.
Quant à l’expression Saff, elle ne se réfère pas au prestige censé accompagner l’admission au premier rang des fidèles dans une mosquée, mais à la sourate 61 du Coran, avec un titre qui se réfère à un ordre de bataille, tandis que son contenu fait l’éloge des chrétiens.
Et la revue du même nom est un torchon infâme, mais on n’a aucune excuse pour tenter de le faire passer pour une publication importante en Bosnie : elle n’y a guère d’influence.
Alispahić est surtout un personnage comique – il faut y voir un politicien spécialiste du retournement de veste, à moins qu’il ne souffre d’un dédoublement de la personnalité, puisqu’il se présente à la fois comme un nostalgique du communisme titiste, tout en travaillant au service des Wahhabites : il a cherché à se faire élire sur un programme de restauration du socialisme titiste, tout en publiant des polémiques d’inspiration islamiste ; il y a eu plus de gens pour se moquer de lui que pour voter pour lui.
Džemo Latić n'a jamais été l’espèce d’extrémiste pour lequel on tente de le faire passer depuis 1983. Stephen Schwartz, spécialiste de la région et dénonciateur patenté de l’islamisme, le connaît personnellement : il témoigne qu’en dépit de ses problèmes qu’il doit à des ambitions contrariées, il ne porte pas la barbe ; et son frère Nedžad a été carrément agressé dans la rue pour avoir dit que les Wahhabites devraient quitter la Bosnie : mais les commerçants sont sortis de leurs magasins pour le défendre en frappant les islamistes.
Dizdarević n’est plus qu’un citron pressé, que plus personne ne lit à l’exception des étrangers et des vieux communistes.
Rešid Hafizović est l’intellectuel anti-islamiste numéro un de toute la région des Balkans, spécialiste extrêmement pointu du soufisme, et traducteur en bosnien de Stephen Schwartz.
Ce qu’il affirme, c’est qu’on prêche l’islamisme dans la mosquée de Fahd construite par les Séoudiens, mais qu’il y a un grand nombre d’autres mosquées qui sont des bastions de l’opposition au wahhabisme.
Les Wahhabites ne sont pas parvenus à obtenir l'influence dominante qu’ils voulaient en Bosnie et c’est ça qui compte, et non la propagande sur un prétendu « état islamique » pour faire peur aux petits enfants.
Leur échec en Bosnie se traduit par le fait qu’ils ont déménagé successivement vers la Macédoine, vers la partie monténégrine du Sandjak, vers la partie serbe de ce même Sandjak, et maintenant au Kosovo.
Et ce qui ridiculise définitivement ces racontars sur un prétendu « état islamique » en ex-Yougoslavie, c’est qu’il n’ont eu de réel succès que là où les musulmans ne sont qu’une minorité, en Macédoine et en Serbie ; dans les pays, ou dans les régions où les musulmans sont majoritaires, ils se sont trouvés bloqués.Cependant, la Communauté islamique de Croatie, quoique sujette à l’autorité des Oulémas de Bosnie, a résisté à l’influence des Arabes.
Evidemment, nos agitateurs croates ne doivent pas le savoir, sinon pourquoi ne l’auraient-ils pas dit ?
Avec la communauté juive de Croatie, la communauté musulmane a d’excellents rapports ; elle a pris le parti de l’ancien Grand rabbin de Croatie, juif d’origine marocaine mais né en Israël, contre son rival communiste et en réalité athée, mais né en Croatie – le résultat étant que le groupe mené par l’Israélien a créé une communauté juive distincte avec l’aide de la communauté musulmane.Quant à Dubrovnik, la mosquée y a une djemaat qui est faite de citoyens croates d’origine et d’affiliation bosnienne, et elle est complètement exempte de toute influence islamiste.
Il est vrai ces Croates qui nous parlent du danger islamiste ne doivent pas vivre en Croatie.

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